Il se dit que Lucq de Béarn est nourri d’une magie rustique. Un sarcophage du Ve siècle retrouvé enfoui dans l’église, la haute tour de l’abbaye toujours debout, une femme sauvée in extremis du bûcher et l’étymologie « lucus », le bois sacré, servent la cause sans rechigner. Dans la corbeille Lucq de Béarn, on trouve aussi un délicieux café de village, un marché du dimanche, des coteaux constellés de maisons béarnaises, une lande préservée et des chemins pour se hisser vers les sublimes panoramas pyrénéens.
Pour un lieu qui réchauffe d’emblée le cœur, direction le café associatif La Souche. Depuis 2022, une quarantaine de bénévoles de tous âges y met en œuvre des propositions ludiques, artistiques et culturelles. Pour ceux qui l’ont connue, on y caresse l’esprit qui prévalait à Lucq de Béarn quand se tenait la Fête du bois, durant dix années de suite, jusqu’en 2016. Les Lucquois qui fréquentent La Souche font entendre des avis conquis sur ce lieu rassembleur.
Le dimanche matin, le village presse le pas vers le café et le marché sur la place de l’église. Miel, fromages, pains à tomber, conserves de la ferme Barraquet, vins, pâtisseries, plantes aromatiques, dans un mouchoir de poche, l’essentiel est là pour le pique-nique à venir. Les beaux dimanches, le marché et le café se répondent si bien que les villageois prolongent le plaisir d’être là jusque dans l’après-midi.
Des choses possibles
Lucq de Béarn fait souffler un air généreux et affable qui ne prend pas en grippe l’altérité et ouvre les fenêtres au vent nouveau. « Des choses sont possibles ici qui peut-être ne le seraient pas ailleurs. Il y a un substrat à Lucq de Béarn et aussi quelques personnalités rebelles, c’est indéniable » témoigne Marie Baudouin, anthropologue et longtemps une des chevilles ouvrières de la Fête du Bois. Elle rappelle aussi le travail de l’association Regain qui œuvre depuis les années 1990 à l’accueil d’adultes cabossés par la vie et aujourd’hui d’enfants, d’adolescents ou de familles monoparentales en rupture sociale. On passerait bien la matinée à fainéanter à La Souche mais une petite vingtaine de kilomètres nous attend pour notre tour du village par le chemin des crêtes. À faire, à pied, à vélo ou à défaut en voiture mais à faire pour se hisser gentiment de bois en pâturages vers le somptueux panorama des Pyrénées.
Par le chemin des crêtes
C’est parti pour une copieuse session de 18 kilomètres entièrement asphaltée. Prendre la rue du Canal en direction des quartiers Affittes, Bordes et Sègues, indiqués sur le panneau face au café. Au bout de la rue, suivre le chemin de Bas Affittes et laisser sur la droite le chemin de Saint-Miqueu. Suivre le chemin de Bas Affittes en gardant la direction du Bois Sacré sur la droite. Dans cette plaine, le Layou se laisse approcher à une ou deux reprises.
Au croisement avec le chemin du Layou, prendre ce chemin en gardant l’indication Bois Sacré. À l’intersection avec la côte de Hourcaillou, prendre la côte qui rejoint le chemin des Crêtes. À ce stade, à main droite une petite boucle permet de revenir au village par le chemin de Saint-Miqueu.
Elle attrape au passage de très beaux horizons. Pour jouer les prolongations, c’est à gauche qu’il faut prendre, en direction de Cardesse. La route traverse un petit quartier résidentiel. Le chemin des Crêtes tient ses promesses. Il aborde à présent la ferme de Yannick Lamazou. Fermier transhumant, il confectionne un savoureux fromage de brebis suivant le cahier des charges strict établi par le groupement Pé Descaous. Vite après la ferme du fromager, on aperçoit le château d’eau. Une fois arrivé à son niveau, prendre à droite le chemin Haut Affites. Une petite table d’orientation et un énorme point de vue nous attendent.
Halte fraîcheur au bord du Layou
L’étendue du village a accentué la dispersion de l’habitat et les lignes de crêtes sont constellées de fermes de belles dimensions. C’est l’oustau béarnais dans toute son expression qui s’illustre ainsi : une demeure à un étage surmonté de combles percés de lucarnes, le tout abrité par un toit à coyaux, à savoir, cette rupture de la pente qui permettait à l’eau d’être projetée hors de la façade de la maison. On suit le chemin jusqu’au croisement avec le chemin d’Espiaut. Prendre alors à droite la route qui longe une parcelle de vigne avant de redescendre vers le bas du village. En bas de la descente, on rejoint le chemin de Bas Affites. Prendre à gauche, puis à droite, au stop à gauche et nous voilà revenus au village. D’une rue à l’autre, Sophie Bourrouilh, habitante de Lucq et amoureuse de son village évoque le destin des Lucquois partis tenter leur chance en Espagne et en Amérique du Sud. Et c’est ainsi que Valence eut deux maires originaires du village.
Avant de basculer vers l’autre partie du village, le Layou réserve quelques coins de fraîcheur facilement accessibles depuis la sortie du bourg par la route qui longe le cimetière. Très vite à gauche, le chemin de Gourriet avec son pont qui enjambe le ruisseau. Plus loin sur cette route qui file en direction de Lay Lamidou, au niveau du pont qui franchit le Layou, une piste forestière s’enfonce dans le bois en suivant le parcours sinueux du Layou.
lucq de Béarn
Voir jusqu’à La Rhune
La boucle de Bernateix est un joli circuit sur la partie du village qui jouxte Ogenne-Camptort et Vielleségure. Depuis Monein prendre à droite la route départementale 110 en direction de Mourenx et Vielleségure. Rouler jusqu’au croisement avec le chemin Lacarrieu. Le suivre dans sa descente au fond du vallon puis remonter sur la crête et prendre à gauche le chemin de Bernateix.
Sur cette hauteur après avoir roulé trois kilomètres, au croisement avec le chemin de Camptort, il serait dommage de ne pas l’emprunter pour atteindre la table d’orientation la plus originale, signée Jean-Louis Magendie, avec son système de visée pour enfants. Elle ouvre un horizon qui s’étire de La Rhune au Mont Valier.
Ambiance druidique aux Graves du Larus
Avant de rebrousser vers le chemin Bernateix, arrêtons-nous aux Graves du Larus. Cette zone de tourbière et de landes humides (grave désigne en Béarnais un terrain marécageux et tourbeux) est un vestige du passé. Dans ce vallon où coule Le Larus, l’activité agropastorale a façonné un paysage singulier que la déprise agricole menaçait jusqu’à sa découverte en 1999. Depuis, le Conservatoire des Espaces Naturels d’Aquitaine veille à sa préservation en collaboration avec les vaches et chevaux de Fabien Fourticq. Ensemble, ils évitent que le milieu ne se referme par la présence des bêtes, mais aussi par des actions de fauche, de débroussaillage et de brise fougères.
Le soin apporté aux Graves du Larus s’explique aussi en raison des espèces protégées ou rares présentes sur les lieux, telle que l’écrevisse à pattes blanches. Sur les berges du ruisseau, poussent des aulnes, des saules, des presles et au printemps la narthécie des marais éclate en touches jaunes. Les sols acides de la lande expliquent peut-être la présence de la pinède, certainement plantée jadis en vue d’être exploitée. Un parcours chemine à travers cet écosystème.
Milieu très humide, bottes recommandées
L’ambiance druidique qui s’échappe du Larus résonne avec l’histoire du village. En Béarn, le plus ancien texte ayant trait à la sorcellerie remonte à la fin du XIVe siècle et rapporte l’histoire d’une habitante de Lucq accusée de sortilège en 1393 puis arrêtée par Maître Pierre d’Erms représentant le comte de Foix et vicomte de Béarn. Sur intervention de femmes amies et par grâce spéciale, elle fut libérée sous caution. Point de bûcher mais c’est assez pour que mijotent dans le chaudron lucquois des histoires de sorcières.
Pour Marie Baudouin, tout est question d’interprétation : « Si on se plonge dans les archives, on se rend compte que la chasse aux sorcières recouvre davantage des stratégies géopolitiques. Sous Henri IV, il faut asseoir la chrétienté dans une terre protestante où prévaut en plus le droit d’aînesse. L’Église a beaucoup de mal avec le fait que des femmes puissent devenir des héritières et diriger une maison. Les montrer du doigt permettait de rétablir l’ordre chrétien. En réalité, en Béarn, une poignée de femmes ont fini sur le bûcher pour des actes de sorcellerie »
Avec ou sans sortilège, pour goûter à la magie du Larus, il suffit d’emprunter la route de Lucq de Béarn dans le sens opposé à la table d’orientation en direction d’Ogenne-Camptort et de suivre le premier chemin de terre sur la droite après Ô p’tit gîte d’Ogenne. Un panneau signale les Graves du Larus et indique l’itinéraire à suivre. On franchit d’emblée une barrière barbelée qu’il convient de refermer derrière soi. Ensuite, suivre la lisière du champ permet de rejoindre le Larus. Une petite passerelle franchit le cours d’eau pour accéder ensuite à la pinède. Attention, le milieu est par nature très humide et des bottes ne sont pas de trop en période de pluie.
Tranquillou autour du lac
Le Conservatoire des Espaces Naturels d’Aquitaine envisage de prolonger l’itinéraire jusqu’au lac de Vielleségure. En attendant, c’est par la route qu’il faut rejoindre ce plan d’eau, pour une balade tranquille. Le lac d’une superficie de 23 hectares, à cheval sur les villages de Lucq de Béarn, Vielleségure et Ogenne-Camptort bénéficie d’un aménagement pour la promenade et de tables de pique-nique. Le tour complet de 2,9 kilomètres s’effectue très facilement en moins d’une heure. C’est aussi un repère pour les pêcheurs qui viennent titiller la truite fario, la truite arc-en-ciel, le goujon, la carpe, le brochet et le black-bass.
Retour à La Souche pour se repaître encore un peu du dimanche lucquois. On aimerait emporter ce petit café sous le bras.
À voir dans le village
L’église Saint-Vincent
L’église Saint-Vincent a traversé l’histoire et donne à voir le style roman de ses chapiteaux, l’art Renaissance de son portail et les décors en bois peint du XVIIIe siècle, signés du peintre oloronais Jérôme Ribère.
Le sarcophage
Dans l’église, un magnifique sarcophage de marbre blanc de la fin du IVe ou du début du Ve siècle sert d’autel. Sur le côté gauche est représentée la tentation d’Adam et Ève et sur le côté droit, c’est Daniel dans la fosse aux lions. Le sarcophage a été mis à jour en 1896 et classé par les Beaux-arts en 1899. Son couvercle n’a jamais été retrouvé et les recherches n’ont jamais permis d’identifier à qui il pouvait être destiné.
La tour de l’abbaye Saint-Vincent
Fondée vers 980, l’abbaye a été détruite en 1569 lors des guerres de religion par Montgomery, lieutenant général de Jeanne d’Albret. Les importants vestiges, dont la tour, témoignent du fort rayonnement de l’abbaye et de la prospérité de Lucq de Béarn. À plusieurs reprises entre 1287 et 1289, le roi Edouard Ier et la cour d’Angleterre séjournent au village afin de régler un différend entre les rois de France et d’Aragon.
La Maison Barraquet
On peut retrouver les foies gras, conserves et les volailles de la ferme Barraquet au marché de Lucq, le dimanche matin.
121 chemin du Then, quartier Marquesouquères à Lucq de Béarn
Tél. 06 01 36 41 92
Domaine Larroudé
La famille Estoueigt perpétue un travail très fin, parcelle par parcelle. Depuis 2011, le domaine est certifié en agriculture biologique.
Quartier Marquesouquères à Lucq de Béarn
Tél. 06 84 05 18 54
Le Bois Sacré
Démarrée il y a 10 ans, l’activité vinification de la ferme familiale Saint-Martin est le fait de la dernière génération. Les quatre hectares sont cultivés en chœur avec l’environnement proche.
178 Chemin de Layous à Lucq de Béarn
Tél. 06 09 36 48 12
Maison Espalanusse
Isabelle et Christophe Nanglard s’emploient à restaurer cette bâtisse qui figurait déjà dans le recensement de 1385 ordonné par Gaston Fébus. La ferme bio propose trois emplacements de camping. Isabelle ouvre son jardin aux curieux et la maison se visite lors des Journées du Patrimoine.