A Garos, quand les femmes faisaient la vaisselle

C’est une exception béarnaise. Alors qu’au cours de l’histoire, la plupart des centres potiers en Europe ont été l’apanage des hommes, à Garos dans le nord du Béarn, des femmes ont fabriqué pendant des siècles des poteries à usage domestique. Un petit musée passionnant raconte leur histoire.

 

Garos

Cette première image est celle d’un pot qui se trouvait dans la maison natale de mon père à Monein. En effet, mes parents l’ont fait suivre plus tard dans leur propre maison, puis mon père me l’a donnée. Je ne sais pas quel âge à cette poterie, mais elle a été façonnée par les potières de Garos et Bouillon. Car dans ces deux villages, voisins l’un de l’autre, jusqu’en 1930, des femmes ont pratiqué l’art de la poterie.

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Dès lors, leurs pots très renommés ont été largement commercialisés dans tout le sud-ouest de la France et ont traversé l’Atlantique jusqu’au Canada. L’espace muséographique de Garos retrace l’histoire de ces femmes et de leurs familles et donne à voir plusieurs poteries représentatives de cette production. Voici quelques repères

Garos

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Depuis le 13ème siècle

À Garos et Bouillon, les fouilles archéologiques font remonter cet artisanat au 13èmesiècle. Les recherches ont démontré que ce sont principalement les femmes qui fabriquaient les pots. La voilà la singularité du foyer potier de Garos et Bouillon. Car dans la plupart des communautés potières ce sont les hommes qui exerçaient. Ce fut le cas à Laàs, à 50 kilomètres, où des potiers étaient actifs jusque dans les années 1940. À Garos et à Bouillon, les hommes n’étaient pas totalement absents. Ils participaient à la cuisson, au chargement de la terre et du bois.

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Potiers par procuration

Dans ces deux villages, l’agriculture occupait la grande majorité des habitants . C’est pourquoi l’artisanat des potières apparaît toujours au second plan dans les registres administratifs. On constate même que des paysans mariés à des potières sont d’office désignés comme potiers.  « Les familles potières de Garos et Bouillon n’ont jamais franchi le seuil qui les aurait conduites au stade d’une activité professionnelle – entendue comme telle à partir du moment où celle-ci fournit sa principale source de revenus à la personne qui la pratique » explique la chercheuse Anne Berdoy dans son livre Des potières et leurs maris.

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Le succès des toupies

Il n’empêche, les poteries fabriquées à Garos et Bouillon ont acquis au fil des siècles une forte renommée. Davantage que les pichets, jattes, bols et plats, les pots se sont imposés. En Béarn, on les appelle les toupis. Ils s’apparentent à du grès. Durs, imperméables, d’aspect brut, ils offraient d’excellentes conditions de conservation des aliments. Ils supportaient les hautes températures et permettaient de laisser mijoter la soupe. En outre, ils étaient assez peu onéreux.

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500 000 pièces par an

On évoque le nombre de 500 000 poteries fabriquées chaque année au plus fort de la production. Elles s’écoulaient sur les marchés des environs, Morlanne, Arzacq, Mazerolles. Ou plus éloignés, Orthez, Pau, Dax, Hagetmau. Au 18ème siècle, elles sont vendues jusqu’à Foix, Bayonne, la Navarre et la Gironde.  Des fouilles réalisées au Canada sur des sites où étaient installés des pêcheurs basques notamment ont révélé la présence de toupis aux 16ème, 17èmeet 18èmesiècles.

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Dynasties d’artisans

La technique de façonnage se transmettait au bout de trois ans d’apprentissage. Les jeunes filles commençaient dès l’âge de 12 ou 13 ans. Les registres de l’époque font apparaître des mariages fréquents entre familles maîtrisant l’art de la poterie. Cela a conduit à de véritables dynasties d’artisans dans les deux villages. La terre utilisée était fortement chargée de sable. C’est pourquoi les femmes n’utilisaient pas le tour qui aurait été trop abrasif pour leurs mains. Elles ont fait perdurer une technique archaïque jusqu’à la fin de la production. Ainsi la tournette, abonnée ailleurs, consistait en un dispositif tournant actionné à la main. Ces poteries aux formes simples, remarquablement réalisées, sont aujourd’hui des pièces rares, qui résonnent parfaitement avec les canons épurés de notre époque.

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Le musée de Garos, où j’ai pris ces photos, raconte de manière passionnante toute cette histoire. L’audio guide permet d’écouter des témoignages d’habitants qui ont été les derniers témoins de cet artisanat. On peut bien sur voir toutes les pièces qui formaient alors la batterie de cuisine des campagnes béarnaises.

Le musée est ouvert deux après-midi par semaine jusqu’au 31 août.
Le mercredi de 14h à 17h et le jeudi de 14h à 17h.
Démonstration de tournette à l’ancienne à 16h les jeudi jusqu’au 15 août.
Ateliers modelage pour enfants et adultes les mercredis jusqu’au 15 août (places limitées).
Réservations et renseignements : 06 78 09 06 04

Espace muséographique de Garos
Chemin du Bourg, 64410 Garos
06 78 09 06 04

Vous pouvez poursuivre votre escapade dans le coin, en vous rendant à Morlanne, vous n’êtes pas très loin. Ce village est idéal pour prendre un verre, déjeuner et flâner.