À l’aplomb du gave de Pau, Bellocq, l’une des plus anciennes bastides du Béarn, vit des étés radieux. La place forte des seigneurs de Moncade accueille, de juin à octobre, un festival, des scènes de théâtre et un grand rassemblement autour des plantes et de la nature. Pour le public qui découvre Bellocq, le terrain de jeu s’élargit à loisir vers le bois du Castera, sur les plages de la Garenne, dans les vignes et sur le somptueux chemin de crête de Serre-Caüte. On dit aussi que c’est à Bellocq, sur le portail de l’église, que se trouve la première représentation d’un homme coiffé d’un béret béarnais. Allons voir.
L’enceinte militaire construite par Gaston VII de Moncade, seigneur de Béarn, n’en revient toujours pas. Elle a déjoué son destin de chef-d’œuvre en péril pour endosser le rôle d’arène festive. Début septembre, le NOUS Festival propage ses décibels électro dans l’enceinte du château. En octobre, le festival Les Herbes Folles réunit la fine fleur des producteurs de plantes médicinales et aromatiques.
Plages au bord du gave de Pau
Les festivaliers à Bellocq sont des veinards. Le gave de Pau dépose à leurs pieds deux belles plages au lieudit la Garenne. Pour y accéder, traverser le gave en direction de Puyoô et tout de suite à droite, emprunter l’allée Schneider puis le petit pont sur le canal. Poursuivre sur le chemin de terre à gauche. Le gave de Pau décrit un méandre au creux duquel les locaux goûtent aux joies de la baignade. Chez les anciens, Fernand Mongabure était réputé pour ses sauts dans le gave depuis le pont de la départementale.
Jeux du gave
Au registre des souvenirs, il est aussi question des jeux du gave, quand les jeunes des villages se lançaient à la poursuite des canards lâchés sur les eaux. Mais autrefois, s’adonner aux plaisirs de la baignade n’allait pas de soi selon le milieu dont on était issu. « Les familles d’ouvriers se retrouvaient au bord du gave mais ce n’était pas le des paysans de Bellocq et Puyoô » selon Jean-Paul Destandau. Il est président de l’association Bellocq Initiative Partage Patrimoine. Un autre point de fraîcheur se trouve au niveau de la digue et de la passe à poissons. On rejoint ce spot en empruntant le chemin d’Artouran qui décrit un U et se termine au bord du gave.
Sieste dans les vignes ou au camp romain
Il faut savoir se ménager pour tenir la distance pendant un festival. Il y a à Bellocq quelques belles collines plantées de vigne qui se prêtent assez bien à la contemplation. Grimper à Montagut par le chemin de l’Espérance ou bien sur les pentes du Castera, c’est s’offrir un de ces moments. Bien qu’en recul, la vigne occupe toujours 120 hectares dans le village et son histoire remonte à l’occupation romaine. « Cette culture a toujours accompagné le développement de Bellocq. Au moment de la création de la bastide, au XIIIe siècle, les colons recevaient un lopin de terre ainsi qu’une parcelle de vigne » rappelle Jean-Paul Destandau.
« Toques » dans les vignes
Depuis 2000, la Cave de Gan-Jurançon exploite la plus grande partie du vignoble. Ce dernier a conservé ici et là un petit patrimoine bien spécifique, les « toques ». Dans ces cabanes, les vignerons récupéraient l’eau de pluie et fabriquaient la bouillie bordelaise. Au lieudit Montagut, une toque restaurée est bien visible en bord de parcelle.
Pour piquer du nez sous un chêne, direction le bois du Castera par le chemin du Pé de Castera. Ses ramures recouvrent le castrum des Romains. Les levées de terre toujours bien visibles de nos jours témoignent de la présence de l’ancien camp.
Superbe chemin de crête
Les marcheurs contemplatifs peuvent envisager le chemin de Serre-Caüte (la colline chaude) avec félicité. Cette crête qui marque la limite entre Bellocq et Salies-de-Béarn est très appréciée pour ses points de vue sur les Pyrénées. Cinq chemins partent du centre de Bellocq vers Serre-Caüte. Voici une boucle conseillée. Au rond-point de la zone artisanale, où se trouvent les conserveries Bignalet et Argaud, prendre la D430 en direction de Salies puis très vite à droite le chemin du Martinaa. À l’intersection avec le chemin de Serre-Caüte, prendre à droite en direction des Jardins de Bernatère.
Après les chambres d’hôtes et le gîte Closerie du Guilhat, marcher jusqu’au panneau chemin de Lesca. A cette intersection prendre à droite la route (chemin de Lataste sur Google) qui descend jusqu’à l’autoroute. Laisser le chemin du Pé de Castera à gauche et prendre à droite le chemin qui passe sous l’A64. Il rejoint le chemin de Pasdanes que l’on suit jusqu’au feu tricolore à l’entrée du bourg. Une variante pour grimper à Serre-Caüte consiste, depuis le village, à emprunter le chemin du Lay. Une fois en haut du Lay, prendre à droite la route et le pont qui franchissent la D430 et continuer sur le chemin de crête asphalté.
Décors naïfs vieux de 700 ans
Une fois rafraîchis et revigorés, les festivaliers se promènent dans les rues du village. L’invention décorative au portail de l’église de l’Assomption attire l’attention. Il y a cet homme portant une coiffe plate, dont on dit qu’il s’agirait de la première représentation d’un béret béarnais. Il fait partie d’une série de sculptures, un brin naïves, sans lien avec la religion : un chien poursuivant un lièvre, un poisson pris dans le bec d’un oiseau, un lapin et une vache, un homme jouant de la viole et une femme en drapé. Le clocher conçu comme une tour de guet atteste du rôle défensif de l’église, contemporaine de la forteresse (XIIIe siècle). L’église est le plus souvent fermée alors, quand elle ouvre, il faut se précipiter pour admirer le superbe plafond lambrissé en forme de coque de bateau renversé.
Défense face à la Gascogne anglaise
Le cœur du village n’est pas bien grand mais il semble enfermer le temps. Dans les limites de l’ancienne bastide, formant comme un îlot, les maisons se blottissent les unes contre les autres, laissant simplement la place de l’androne, un mince corridor prévu pour l’écoulement des eaux. Ici, contrairement à d’autres bastides du Béarn, pas de place centrale. Le marché se tenait hors les murs, à l’emplacement de l’actuelle mairie, place Marcadieu. Avant toute chose, la bastide de Bellocq devait servir à l’approvisionnement et à l’entretien de la forteresse. Cette forteresse n’avait pourtant rien d’un lieu de fête à l’origine. Édifiée entre 1250 et 1280 par Gaston VII Moncade sur une terrasse à l’aplomb du gave, elle permettait de protéger l’accès à Orthez en limite de la Gascogne anglaise.
Deux cités ouvrières de l’entre-deux-guerres
Bellocq ne nous en voudra pas de délaisser un peu sa douceur naturelle pour aller voir du côté du Puyoô. Un superbe chemin de crête court jusqu’à Baigts-de-Béarn. Depuis cette épine dorsale, le regard plonge sur les coteaux de la Chalosse et sur les Pyrénées. On y accède depuis le chemin Entre vignes puis par le chemin Cassou. On peut se contenter d’aller et venir sur cette hauteur ou bien opter pour une boucle Puyoô, Baigts-de-Béarn, Ramons. 20 kilomètres, référencés dans le guide rando en Cœur de Béarn (circuit N°49).
Puyoô c’est aussi un passé industriel qui affleure encore à travers deux cités ouvrières uniques dans le Béarn. La Cité Rigoulet et la Cité Armentiou sont sorties de terre en 1920 selon le plan typique des cités ouvrières du Nord de la France. Et pour cause, la famille Saint avait ouvert en 1917 une usine de tissage de toile de jute, réplique exacte de celle qu’elle possédait déjà dans la Somme à Flixecourt. Jusqu’à 300 personnes ont travaillé à Puyoô dans les usines Saint Frères.
Compléments d’adresses
Manger
Bellocq compte deux entreprises familiales qui excellent dans l’expression du terroir béarnais et landais.
• Maison Bignalet est réputée pour ses salaisons, ses jambons ainsi que son bœuf de Chalosse IGP Label rouge. La boutique est située chemin de l’Espérance à Bellocq.
• Maison Argaud veille à travers un strict cahier des charges au respect de la conserverie de tradition. Foies gras de canard mi-cuits et stérilisés, confits de canard fondent la réputation de cet atelier gastronomique.
Boire
La Cave de Gan-Jurançon exploite le vignoble de Bellocq depuis 2000. Elle dispose dans le village d’une boutique qui propose une gamme de vins de Béarn rouge et rosé et de Jurançon sec et doux. Accueil du lundi au samedi.
Pédaler
La Vélosud – V81 qui relie Lourdes, Pau et Bayonne passe par Bellocq en empruntant un tunnel de 850 mètres de long. Cet ouvrage avec sa voûte en fer à cheval a été aménagé entre 1879 et 1883. Il abritait l’ancienne ligne de chemin de fer Puyoô-Mauléon-Saint-Palais. Les travaux de remise en état du tunnel ont tenu compte de la présence des chauves-souris d’où un éclairage tamisé à l’intérieur de ce boyau de pierre.
Visiter
Durant l’été, l’association B.I.P.P (Bellocq Initiative Partage Patrimoine) présidée par Jean-Paul Destandau propose des visites guidées de la forteresse et de la bastide.
Renseignements 06 13 40 09 01
Danser
L’association Bellocq Very Good Trip propose toute l’année des concerts rock à la salle Jeanne d’Arc en plein cœur du village à Bellocq. À Puyoô c’est l’association Rocka Puyoô qui programme des concerts dans son local situé 220 Av. du stade.




















